
Disparition inquiétante d'une adolescente de 14 ans
Une collégienne de 14 ans violée, assassinée et brûlée par un lycéen de 17 ans. On déplore le cloisonnement entre les institutions : le collège n’aurait pas eu connaissance du passé judiciaire de l’élève. S’il y a malheureusement beaucoup de drames semblables qui défrayent ainsi la chronique dans notre pays, on aurait tort de ne pas s’arrêter pour y réfléchir.
Ici, il semble que l’horreur avait rendez-vous dans le dernier endroit imaginable, le collège cévenol ! Le collège en question fut fondé par le pasteur Trocmé en 1938, juste avant la deuxième guerre mondiale. Durant les années suivantes on y a caché de nombreux enfants juifs menacés par le pouvoir de Vichy. A la libération, les familles des persécutés et le collège décident de créer un établissement différent, ouvert à toutes les nationalités, « sans murs ».
Des grandes personnalités sont passées par ce pensionnat (Paul Ricoeur). Tout un symbole. Et c’est là justement que l’inimaginable s’est produit.
Plutôt que chercher des raisons ou des coupables, nous devons nous arrêter et réfléchir une fois sérieusement au sens de cet événement pour notre pays. Certaines histoires de la Bible sont tout aussi horribles. Je pense à la fin du livre des Juges. Cette femme qui subit un viol collectif, qui est ensuite coupée en morceaux pour montrer aux douze tribus d’Israël ce qui s’est passé, puis la guerre civile dans le but de purifier le pays… toutefois ceux qui se battent contre la tribu désignée coupable n’ont pas la victoire tout de suite. On aurait imaginé une victoire facile, étant donné que Dieu est du côté de la justice… et on s’aperçoit que les tribus qui exercent la mission punitive doivent d’abord passer par une profonde repentance avant d’avoir finalement la victoire et de mettre un terme à l’histoire. Cette repentance est importante : nous sommes tous potentiellement coupables.
L’affaire du collège cévenol doit nous interpeller. Il ne s’agit pas d’un « fait divers » comme tant d’autres, il s’agit d’un avertissement solennel sur l’état de notre nation. Le cloisonnement entre les institutions ou le problème de la récidive pourraient s’avérer comme les raisons du dérapage dramatique, mais limiter notre analyse à ces faits reviendrait à oublier le principal objet de l’interrogation : ce jeune homme de 17 ans représente le potentiel d’une génération où certaines barrières ont été détruites au point de leur ôter la capacité de maîtriser le « pire » qui habite en chacun de nous.
Nous n’avons pas attendu cet événement pour réfléchir à l’être humain qui commet de tels actes. Nous savons, inutile pour cela d’être psychiatre ou psychologue, que certains d’entre eux ont été détruits par un oncle, un parent, des abus sexuels, l’alcool, un mélange de misère et de méchanceté qui dans un sens rend leur crime plus « humain » ou « compréhensible ».
Nous ne connaissons pas les antécédents de ce jeune de 17 ans. Mais il ne fait pas partie de cette catégorie de « misère » (à priori). Il représente plutôt, à mon sens, une génération lâchée dans la cruelle liberté d’internet et d’une société où les barrières morales ont disparu au point de ne laisser pour ainsi dire plus aucun avertissement devant les précipices et les abîmes qui se cachent derrière ce qui paraît au premier abord un jeu. Le débat sur la dualité cathartique et criminogène concernant les médias et les jeux vidéo n’est finalement pas si difficile à trancher : certaines représentations permettent à un public « fort » de se défouler sans jamais perdre la maîtrise de la réalité, ce qui n’empêche qu’un public (souvent plus jeune) « faible » existe aussi et, lui, passera à l’acte plus facilement. Même si statistiquement les risques sont moindres, ils existent. De plus la banalisation de l’horreur et l’abaissement progressif et global des barrières morales contribuent à l’augmentation globale du risque de dérapage. C’est une question de bon sens. La société, la culture, sont des garde-fous puissants.
Il faut tomber en début d’après-midi (sur RMC) sur le grand show de Brigitte Lahaie sur la sexualité où « chacun s’exprime librement, sans craindre le moindre jugement », pour s’apercevoir que sur cette radio très écoutée s’il en est en France, toutes les pratiques sexuelles les plus ignobles et bestiales sont décrites dans les moindres détails par des gens qui les pratiquent, avec les commentaires entendus d’une journaliste dont la morale n’est pas mauvaise mais tout simplement absente. Si les français ne vont plus à la confesse, les médias ont largement pris cette place et donnent leur absolution avec la plus grande générosité. Durant cette semaine où les faits dramatiques qui se sont déroulés au Chambon sur Lignon étaient étalés sur nos écrans de télévision, TF1 essayait encore de placer une émission soit disant inoffensive après le jeu très apprécié de Koh lanta : l’amour est aveugle. Et voici le « concept » de l’émission repris sur le site de TF1 : « L’amour est aveugle dit le dicton… Pour vérifier ou infirmer cet adage populaire, c’est dans une chambre noire que 3 hommes et 3 femmes ont 3 jours pour faire connaissance. Privés de la vue, ils vont devoir développer leurs autres sens pour se découvrir et se séduire. En participant à cette expérience hors du commun, ils sont loin d’imaginer ce qu’ils vont vivre et jusqu’où cette aventure sensorielle va les mener. » Hors du commun c’est le cas de le dire… et loin de s’imaginer, oui ! Toutes ces choses « à la télévision » trouvent parfois leur expression « entre amis » en privé. D’une manière plus lente et insidieuse, les sites comme facebook et autres réseaux sociaux nous bombardent de publicités équivoques. Les exemples sont tellement nombreux qu’il n’est pas nécessaire de continuer cette triste anthologie. La littérature, les films, les vidéos, les sites internet, la pornographie, les vampires, les démons apprivoisés foisonnent tellement que nos sens sont peu à peu émoussés, notre avertisseur intérieur ne fonctionne pas à tous les coups, nos ressorts moraux se grippent, tout le système de notre conscience tombe dans une torpeur épouvantable et coupable. Et puis un jour, au milieu de cette marée noire morale, on attrape un oiseau calciné, noirci par la saleté démoniaque qui a déferlé sur les côtes de notre pays, une jeune fille de 14 ans.
Nous sommes collectivement responsables des portes qui ont été grandes ouvertes. Nous devons reprendre ces portes, défendre nos enfants, nos familles, redéfinir l’autorité, rééquilibrer nos théologies laxistes, garder la grâce, toute la grâce, sans perdre la pédagogie de la loi qui nous mène à cette grâce. Pourquoi le Collège Cévenol ? Simple coïncidence ? Ou rendez-vous historique pour un sursaut moral dans le paysage protestant ?
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